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Vol. 29, No.17
Édition du 17 octobre 2011:
 

Refaire sa vie
Les embuches de la route

Les femmes, en situation de séparation ou de divorce, sont confrontées à diverses problématiques reliées à l'emploi, à la formation, au salaire et au logement. Julie Marcotte, conseillère en emploi au Carrefour Jeunesse-Emploi de la MRC de Caniapiscau fait le point avec le Trait d'union du Nord.

Problème de logement
À Fermont, la plupart des femmes occupent des emplois qui ne fournissent pas d'hébergement. Malgré tout, celles-ci ont un toit sur la tête car pour la majorité d'entre elles, leur conjoint est logé par une compagnie minière. Toutefois, en cas de rupture du couple, plus souvent qu'autrement, c'est la conjointe qui est confronté à la difficulté de se trouver un nouveau logement si elle désire demeurer à Fermont.

Une des grosses problématiques de Fermont est la pénurie de logements. Une femme séparée n'a pas accès à un appartement puisqu'ils sont déjà tous loués. Elle doit souvent s'inscrire sur une liste d'attente pour bénéficier un jour d'un logement. L'autre problème, encore présent à Fermont, est le manque de logements sociaux. Rare sont celles qui peuvent se séparer et obtenir immédiatement un appartement à prix modique pour elle et ses enfants.

Plus souvent qu'autrement, les femmes des couples qui éclatent n'ont pas les moyens financiers de s'acheter une maison mobile ou même un condo. Plusieurs d'entres elles décident de continuer à vivre avec leur conjoint ou doivent retourner « en bas » pour recommencer leur vie.

Recommencer sa vie
Étant donnée que les conjoints de faits n'ont aucune reconnaissance légale, en cas de séparation, le couple essaie de s'organiser à l'amiable concernant les enfants, la maison et la pension alimentaire. Il est souvent plus difficile de pallier la situation lorsque des enfants sont au cœur d'une séparation. Advenant le cas où la femme est une mère au foyer, celle-ci aura droit à une pension alimentaire pour ses enfants. Toutefois, plusieurs décident de rester avec leur conjoint faute de logement ou pour cause de dépendance financière et/ou professionnelle. En continuant la vie familiale, la femme peut continuer de subvenir aux besoins de ses enfants sans nécessairement changer quoi que ce soit dans l'alimentation, l'habillement, le logement ou les loisirs.

Emplois
Conseillère en emploi et représentante de Caniapiscau au Carrefour Jeunesse-Emploi, Julie Marcotte assure que plusieurs mamans à la maison ou certaines travailleuses qui ont perdu leur emploi suite à la séparation doivent remplir une demande d'aide sociale pour la première fois de leur vie le temps de se trouver un emploi et espérer obtenir un logement. Une femme d'un couple sans enfant qui se sépare quittera la maison « avec ses bobettes » sans toucher de pension alimentaire. Proche des femmes, Julie Marcotte les aide à bâtir leur curriculum vitae, à trouver des formations intéressantes, à réorienter leur carrière et/ou dénicher des emplois selon leur expérience. Généralement mères au foyer, elles quittent la sécurité financière et professionnelle du conjoint pour réintégrer le marché du travail et voler de leurs propres ailes.

Très souvent, elles réussissent à se trouver un emploi dans le secteur des services mais malheureusement celui-ci n'offre pas d'hébergement et encore moins le salaire des mines. La gent féminine doit donc trouver un travail incluant le logement si elle veut rester à Fermont auprès de ses enfants ou de ses amis.

Voici un exemple criant de cette absurdité : Une dame qui habite Fermont depuis de nombreuses années et qui se retrouve avec un emploi au salaire minimum est incapable d'obtenir un logement à prix modique. Elle se promène donc de connaissances en connaissances chez qui veut bien l'accueillir pour un bout de temps telle une sans-abri. Cette femme refuse de quitter Fermont puisque ses enfants et sa vie sont ici depuis toutes ces années. Elle se prête donc au jeu des valises.

Ironique

Il y a quelques années, une compagnie avait décidé d'embaucher les conjointes de leurs employés afin d'économiser sur l'habitation. Les femmes, après leur probation, ont demandé à la compagnie de leur fournir elles aussi l'hébergement parce qu'elles quittaient leur mari. Au total, ce sont huit couples sur dix qui ont mis fin à leur relation suite à l'embauche de la femme au sein de la même compagnie. C'est donc dire qu'elles pensaient depuis longtemps à quitter leur conjoint et qu'elles en ont profité lorsque l'hébergement leur était assuré.

En 2011, il est troublant de constater que des femmes demeurent avec leur conjoint parce qu'elles n'ont pas d'autre solution même malgré l'absence d'amour et parfois en vivant avec de la violence physique ou psychologique. Il est aberrant qu'elles n'aient pas l'opportunité de quitter quand bon leur semble vu le manque de logement, les problèmes d'argent et d'emplois.

 

Être une femme à Fermont
Inquiétude générale

Afin de connaitre l'opinion féminine sur l'arrivée massive des travailleurs du fly in / fly out, le Trait d'union du Nord a rencontré plusieurs femmes de Fermont pour discuter du sujet. Étonnamment, les préoccupations de ces adolescentes et de ces femmes citées anonymement se rejoignent.

Du changement
« Il faut en prendre et en laisser », lance d'entrée de jeu une jeune femme. « La majorité de ces travailleurs agissent correctement envers nous », s'exclame par la suite une adolescente de 14 ans. Au terme de ces rencontres, les femmes avouent qu'il faudra s'y faire si nous voulons agrandir les mines et obtenir une meilleure production. « Peut-être qu'on devrait conscientiser les travailleurs du 14-14 sur la vie familiale de Fermont avant leur arrivée ici. Peut-être aussi qu'on cherche seulement quelqu'un à blâmer pour les changements qui s'en viennent », ajoute une mère de famille.

Toutes sont en accord quant au fait que Fermont était auparavant une grande famille où tout le monde se connaissait et se respectait. Pour l'instant, la dynamique a changé et les gens s'habituent à croiser de nombreux visages inconnus.

Des priorités
Autant les adolescentes, leurs mères ou les jeunes femmes du début de la vingtaine semblent concernées par une priorité. Selon elles, la cafétéria et le bar de danseuses devraient être à l'extérieur de la Place Daviault. Ainsi, elles pourraient se promener sans se faire dévisager ou siffler par les hommes « accotés » sur la balustrade du haut en face de la Fer-Tek et rencontreraient moins de travailleurs éméchés en soirée.
Depuis la dernière année, la tranquillité de Fermont est chamboulée par le boom minier. Il est maintenant difficile de trouver un stationnement à l'épicerie, d'obtenir une passe d'entrainement ou de marcher dans les rues le soir venu vu le trafic et la vitesse des camions.

Les adolescentes rencontrées mentionnent que leurs parents sont inquiets et que leurs sorties tard en soirée sont limitées. «Nos parents ne veulent plus qu'on marche toutes seules pour revenir à la maison en fin de soirée. On se tient en gang et on accepte de se faire reconduire par nos amis qui sont eux aussi plus protecteurs envers nous », commente une des ados.  
D'un autre côté, les jeunes filles sont facilement repérables dans leur milieu de travail ou dans la pratique de leurs loisirs. « Peu importe où nous travaillons, on se fait toujours « cruiser » d'une façon déplacée par ces mêmes hommes », mentionne l'une d'elles.

Inquiétude
Il y a deux semaines, une rumeur circulait à Fermont sur la possibilité d'un viol collectif. Il n'en fallait pas plus pour que la peur et l'inquiétude s'installent au sein de la communauté. « On se sent concernées, on sait que ça pourrait malheureusement arriver », complètent les jeunes adolescentes. Elles avouent que certaines de leurs amies se promènent avec du poivre de cayenne pour se défendre en cas de mauvaise situation. Leurs parents de même que leurs grands frères ou sœurs aînées leur rappellent de faire attention et de cesser de lambiner sur le chemin du retour.

Seulement deux femmes sur la dizaine rencontrée assurent que la sécurité est restée pareille et que la Ville n'a pas changé. La majorité des autres s'habituent à l'arrivée des nouveaux travailleurs. Elles croient tout de même qu'il serait meilleur que des familles viennent s'installer ici plutôt que des employés à temps partiel.

 
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