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Vol. 29, No.2
Édition du 7 février 2011:
 

Vestiges d'une gloire passée
Angkor, la magnifique
Vivian Carter

Dans une précédente chronique, je vous ai brièvement présenté le Cambodge et les environs de Siem Reap. En fait, la raison principale pour aller dans ce coin du monde est de visiter l'éblouissante cité d'Angkor. Situé à 20 km au nord de la ville, ce complexe, reconnu comme joyau du patrimoine mondial par l'Unesco en 1992, constitue un des plus vastes ensembles historiques religieux à visiter au monde. C'est le témoin du passé glorieux et fort de la nation khmère, s'étendant du IXième au XIVième siècle.

Comme plusieurs, j'avais entendu parler et vu des images du temple le plus connu, Angkor Vat. C'est lui qui est représenté au centre du drapeau cambodgien avec ses tours en forme de fleurs de lotus, ressemblant à de gros cornets de crème glacée molle. En fait, il y a beaucoup plus puisque l'ensemble de la cité s'étendrait sur 200 km2 et aurait abrité jusqu'à 750 000 habitants à son apogée. On pense qu'il s'y trouverait près de 100 temples. Je n'avais donc pas fini d'être surprise et éblouie par ce qui nous attendait dans les prochains jours.

Pourquoi la nation angkorienne a-t-elle été aussi puissante ? La réponse se trouve dans leur maîtrise de la science de l'irrigation. D'ailleurs, à notre arrivée en avion, la structure la plus évidente, vue des airs, est un de ces réservoirs (appelés baray) mesurant 8 km de long par 2,2 de large. Grâce à ce système, ils sont arrivés à produire trois récoltes de riz par an alors qu'ailleurs en Asie on n'en produisait qu'une. Une nation mieux nourrie fournie donc une armée plus puissante et des travailleurs plus productifs. Paradoxalement, il semblerait que ce soit cette même science qui aurait conduit le royaume d'Angkor à sa perte. Avec le temps, les sédiments se seraient accumulés au fond des réservoirs, les rendant de moins en moins efficaces. Si on ajoute à cela une succession d'inondations et de périodes de sécheresse, le système se serait épuisé de lui-même.

L'organisation du site est très bien structurée. Il est possible d'engager des guides professionnels dans plusieurs langues. Le français n'est pas en reste. Il est aussi possible de visiter par soi- même en se promenant en voiture louée avec chauffeur, en tuk-tuk ou encore à bicyclette (attention à la chaleur). On peut acheter des passes pour une journée, 3 jours (sur une semaine) ou 7 jours (sur un mois). En passant, au Cambodge, tout se paie en dollars US. Bien sûr, il y aura des vendeurs de toutes sortes de bricoles et de nourriture mais leur activité est restreinte à certaines zones.

Notre guide, monsieur Hai, a favorisé une approche chronologique. Le premier site sur lequel il nous a amené s'appelait Preah Kho (le saint taureau) du groupe Roluos. Les vestiges datent de l'an 880. On l'appelle ainsi parce qu'on y trouve de grosses statues de taureaux. Malgré la simplicité des ruines, nous sommes déjà séduits. Tout près, se trouve le temple Bakong. Nous y apprenons la symbolique des temples de religion hindoue. Cinq tours surmontent un temple-montagne carré représentant le mythique mont Meru dans la religion hindoue. Elles symbolisent les différentes parties du monde avec, au centre, le paradis. Ces temples sont souvent entourés d'eau, représentant l'océan primordial d'où a émergé le monde. Nous allions revoir cette symbolique à plusieurs reprises.

Le lendemain, nous attendait Banteay Srey aussi appelé citadelle des femmes à cause de ses ornements délicats, les plus élégants de la période angkorienne. C'est le temple le plus éloigné de la ville et votre chauffeur peut demander un supplément pour la course. Cependant, l'ambiance du site, tout en grès rose, et la beauté de ses sculptures et bas-reliefs vous laisseront la mâchoire décrochée.

Enfin, Angkor Vat! Nos attentes n'allaient pas être déçues. Il est littéralement à couper le souffle. Construit au XIIième siècle et dédié au dieu hindou Vishnu, ce temple-montagne mesurant un km2 est constitué d'une pyramide à trois étages. Au sommet de la tour centrale, on peut y voir quatre statues de Bouddha faisant face aux quatre points cardinaux. Il parait que rendre hommage à chacun apporte la chance. Le Cambodge, situé entre la Chine et l'Inde, aura souvent oscillé entre les religions de ces deux pays. Nous en avons ici un bel exemple. Le site est immense. Sur la travée centrale menant au temple, nous sommes accueillis par des nuées de libellules et leur vrombissement. On se croirait au paradis. Ici, encore plus qu'ailleurs, la compagnie d'un guide est appréciée pour nous expliquer les contes et légendes représentés sur les murs du premier niveau de la pyramide. On y voit, entre autres, la représentation de l'enfer selon les Angkoriens. Par exemple, les adultères seront condamnés à grimper à un arbre plein d'épines pendant que des démons leur laboureront le derrière avec des pics.

En réalité, c'est la cité royale d'Angkor Thom qui m'a le plus surprise. Datant de la fin du XIIième au début du XIIIième siècle, nous y accédons par une chaussée gardée, de chaque côté, par 54 gardiens géants tenant un serpent (naga). Plusieurs de leurs têtes ont malheureusement été la proie des pilleurs. A l'intérieur de ses murs, il y a de petits singes qu'on peut nourrir de bananes ou de graines de fleurs de lotus ou encore des éléphants qu'on peut monter pour une promenade. Nous avançons tranquillement vers le Bayon, temple central de la cité. À son sommet, siègent 54 tours arborant chacune quatre visages sculptés, de 2 mètres par 2 mètres. En tout, 216 paires d'yeux et autant de sourires énigmatiques nous regardant avec bienveillance. Chacun est différent. L'impression est indescriptible.

Pour terminer, un peu d'exotisme en visitant le temple Ta Prohm (grand-mère Brahma). Celui-ci, contrairement aux autres, a été laissé dans un état un peu plus sauvage, proche de l'état où il fut découvert au début du XXième siècle. On y voit de gros arbres dont les racines se sont insérées entre les pierres. Plusieurs pierres gisent encore au sol, éparses. C'est à cet endroit qu'une partie du film Tomb Raider, avec Angelina Jolie, a été tourné en 2001. Comme disait mon cousin, c'est le terrain de jeu de rêve de tous les petits garçons.

Encore une fois, je pourrais en parler longtemps mais toute bonne chose a une fin. J'espère seulement avoir allumé un peu votre curiosité et votre intérêt sur le sujet. Peut-être qu'un jour vous aurez aussi la chance de fouler le sol de ce site fascinant. Je vous reviendrai bientôt avec d'autres histoires qui, j'ose l'espérer, vous plairont.

Au plaisir.

 

 
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